Laurence anyways

Laurence est professeur de littérature et un brillant écrivain. Il vit une belle histoire d’amour, pleine de complicité avec sa compagne depuis 2 ans, mais le jour de son trentième anniversaire, il lui avoue un terrible secret : il pense être une femme coincée dans un corps d homme…

Confusion des genres

Pour ce troisième long métrage, Xavier Dolan continue à mettre en scène des êtres contrariés, en traitant de la trans-sexualité. Sujet délicat, qui touchera un public moins large que pour ses précédents films sur l’amour et la haine d’un fils envers sa mère (« J’ai tué ma mère »), ou bien la brutalité des sentiments amoureux sans feeling réciproque (« Les amours imaginaires »).
Le personnage de Laurence, interprété par le courageux Melvil Poupaud, est tiraillé entre son besoin d’affirmer son identité sexuelle et enfin s’accepter, et le regard des autres, à commencer par sa petite amie, pour qui il est tout. Se cherchant dans son quotidien à travers ses vêtements et ses attitudes, il va tâtonner, sollicitant la patience de sa compagne, qui passera par toutes les phases du deuil de leur amour perdu : incompréhension, dégoût, acceptation et tolérance. Ce qui est d’ailleurs le plus beau dans le film est l’amour inconditionnel que Fred, magistralement interprétée par Suzanne Clément, porte à Laurence.
Malheureusement cette ode à la différence et à l’acceptation de l’autre retombe comme un soufflé. On ne ressent pas le mal-être du personnage, mais seulement celui de son entourage. Et petit à petit, il apparaît évident que le personnage de Laurence ne pouvait être interprété par personne d’autre que Xavier Dolan lui-même. Assez sensible, pour apporter à ce personnage complexe, la densité, la sincérité et la tendresse qui lui étaient nécessaires. Bien que Melvil Poupaud ait fait preuve d’un grand courage en acceptant ce rôle, la force animale et virile qu’il dégage (naturellement – presque malgré lui) a du mal à faire transparaître le doute qui habite le personnage de Laurence. Et finalement, l’histoire perd un peu en crédibilité. Ce qui est bien dommage.
Du point de vue mise en scène, ce qui a fait la signature de Dolan (bande originale pointue et esthétisme poussé à l’extrême), est également ici une déception, car on frise l’overdose d’effets en tout genre : musique « bruyante », travellings interminables et couleurs saturées (l’abus de « gélatines » sur certains plans tue l’intention et l’esthétique). On peut ajouter à cela la voix-off qui accompagne la transformation de Laurence, qui ne sert que très partiellement la narration…
C’est donc une déception que ce troisième opus de Xavier Dolan, que l’on attend de revoir devant et derrière la caméra, pour nous éblouir une nouvelle fois par sa créativité et sensibilité.

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