A perdre la raison

Murielle et Mounir forment un jeune couple amoureux et passionné. Depuis le début de leur relation, leur vie est rythmée par le père adoptif de Mounir, le docteur Pinget, qui fait travailler Mounir dans son cabinet, l’héberge, va leur payer leur lune de miel, leur donner une partie de son appartement comme premier logement…  Petit à petit, l’omniprésence du docteur va peser sur le couple, et surtout sur Murielle, qui ne sort que très peu de chez elle…

Montrer l’incompréhensible

Inspiré d’un fait réel sordide en Belgique, Joachim Lafosse livre un film tout à fait troublant, dans lequel il tente de montrer comment l’accumulation de petits détails du quotidien, perceptibles ou non, peut affecter une femme, au point de la plonger doucement dans un état dépressif irréversible et lui faire commettre l’inavouable.
Par une mise en scène très efficace, Joaquim Lafosse passe de la fraîcheur et l’innocence d’un couple à son engagement marital et familial, puis décrit la détérioration de son quotidien, sans qu’aucun coup dur n’en soit jamais la cause… Habilement, il joue avec les clichés des drames familiaux, et notamment avec celui du manque d’argent, qui pousserait certaines classes sociales à être plus touchées par des actes criminels. Dans cette histoire, le seul manque palpable de Murielle est celui de sa mère, totalement absente de sa vie, mais aucunement l’argent ou le manque d’amour ou d’attention de son conjoint. Sa dérive, inexorable, se fait sentir mais se passe de toute explication. C’est d’ailleurs avec une grande pudeur que Lafosse filme la scène finale de folie de son personnage principal, qui se déroule dans un silence pesant.
Pour interpréter le rôle de cette jeune mère fragile : Emilie Dequenne, qui montre une nouvelle fois l’intensité de son talent, radieuse au début de son histoire, puis terriblement émouvante dans sa lente descente aux enfers. Face à elle, Tahar Rahim, poignant en père aimant et mari dévoué. (Ce film signe les retrouvailles de Tahar Rahim et Niels Arestrup, trois ans après « Un prophète » de Jacques Audiard).
Extrêmement immersif, « À perdre la raison » est un film bouleversant et déroutant, qui laisse penseur. Le seul bémol : le choix de commencer le film par une scène révélant le dénouement de l’intrigue, et désamorçant ainsi tout effet de « surprise », sans doute pour en atténuer l’horreur.

Article écrit pour abusdecine.com

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