The we and the I

Dernier jour d’école pour des élèves du Bronx. Une dizaine d’entre eux rentre en bus. Lors de ce trajet, ils vont se chamailler, s’agresser, s’humilier, s’insulter dans une joute verbale effrénée. Et peu à peu,  alors que le bus se vide, les masques vont tomber et les personnalités se révéler…

Huis clos adolescent

Avec « The we and the I », Michel Gondry nous livre un film aux antipodes de « La science des rêves » ou de « Eternal sunshine of the spotless mind », mais plus proche de son « Block party ». Exit les effets gadget de découpage et de carton pâte, ici ce sont les protagonistes et leur franc-parler qui sont au centre de l’action, et eux seuls.
Porté par une B.O. survitaminée de rap de la fin des années 80 (Busta Rhymes « Bust a moov » et Run DMC « It’s like that »…), le film nous entraine joyeusement dans cette odyssée à un rythme frénétique. Au fil du parcours du bus, la tension augmente, l’énergie débordante des ados se transformant petit à petit en méchanceté gratuite, ou en arrogance, pour culminer dans l’irrévérence et un absolu irrespect.
Comme si l’humiliation qu’ils font subir à leurs camarades les rassurait sur leur propre statut par rapport au groupe d’élèves dont ils font partie. Oscillant entre de simples réflexions désobligeantes et diarrhée verbale assassine, les dialogues s’enchaînent et la tension monte pour ne redescendre qu’à la fin du parcours du bus, une fois que la meute de jeunes se sera dispersée.
Le tour de force réalisé ici par Gondry est d’avoir dirigé ses acteurs (non professionnels) et de les filmer dans un espace plus que réduit, tout en donnant du rythme à sa narration. Caméra à l’épaule, il semble omniprésent, captant les moindres expressions, les moindres mots, à l’avant comme à l’arrière du bus. Les balles s’échangent et le spectateur n’a d’autres alternative que de compter les points, en espérant ne jamais avoir à faire à de telles têtes à claques.
C’est donc une immersion totale dans la cruauté adolescente américaine que propose « The we and the i » qui pourrait le faire passer pour un documentaire, tant il paraît réaliste. Et il est évident que le fait que les acteurs aient été impliqués dans l’écriture de leur personnage y est pour beaucoup, car aucun ne semble jamais jouer un rôle.
Perturbant, intense et terriblement cruel, ce huis clos est le théâtre d’humiliation parfois difficilement supportables. Même si « The we and the i » fait dans un style plus édulcoré que « Bully » de Larry Clark, Michel Gondry peut se vanter d’avoir réussi à livrer un film introspectif et extrêmement réaliste sur l’adolescence.

Sortie le 12 septembre 2012

Article écrit pour Abusdecine.com

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