Les petits mouchoirs – l’interview

Entretien avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, François Cluzet, Joël Dupuch

Même si un magazine national a écrit sur sa couverture, que « Les petits mouchoirs » était le film de sa vie (expression qu’il modère), Guillaume Canet avoue que c’est un film extrêmement personnel et intime. Pour la première fois, il a écrit seul (sans P. Lefèvre), écrivant à un rythme fulgurant chaque scène, sans calcul, en mettant beaucoup de lui dans chaque personnage… avec en tête l’envie de faire passer un message simple et parfois oublié : savoir s’écouter, dire aux gens qu’on les aime, et lever les petits mouchoirs que l’on met sur nos mensonges.

Dans son 3e film, Guillaume Canet insiste sur la présence ou l’absence des proches lors d’un événement tragique, qu’il décrit  comme « le côté moche de l’homme », égoïste, surtout parce que c’est une épreuve qu’il a traversée personnellement, lors d’un mois d’hospitalisation, où entre obligations familiales et professionnelles, il a pu se rendre compte que peu de personne tenaient à lui finalement…

C’est aussi pour cela qu’il n’a pas souhaité se mettre en scène : « je voulais jouer le rôle d’Antoine ; mais j’étais tellement impliqué dans l’histoire, que je voulais être extérieur à l’action ».  Comme pour être sûr de retranscrire parfaitement tout ce qu’il a imaginé, dans le jeu, la mise en scène (qu’il a écrite aussi), les dialogues… François Cluzet ajoute que ça aurait été de la schizophrénie pour Guillaume Canet de jouer le rôle de Laurent Lafitte, et aurait certainement fragilisé le tournage.

Pourtant ce recul lui a aussi engendré quelques frustrations de ne pas être avec eux ! Par le choix d’avoir mis en scène ses ‘potes’, il a réussi à obtenir une réelle complicité et authenticité à l’écran.

« Tourner avec ses potes, c’est éviter les décodeurs, ils savent où vous voulez en venir ». En termes de direction, il avoue avoir été plus exigent avec ses amis les plus proches, qui « prenaient plus par rapport aux autres ».  C’est comme ça ! Mais ils ne semblent pas lui en vouloir. Selon François Cluzet, ils avaient surtout peur de le décevoir, et avaient tous conscience de la difficulté de la tâche.

Quand on parle à François Cluzet de son personnage (un homme d’affaires stressé, qui offre chaque année le gîte à ses amis, et payent tout pour eux) et des choix que celui-ci fait en tant que meneur de la bande, il répond que son personnage fait preuve d’égoïsme certes, mais d’un égoïsme naturel et essentiel. Quand il fait le choix de partir, malgré l’accident qui vient de se produire, il évite la « tuile familiale » et ne pas priver ses enfants des 3 semaines annuelles qu’il passe avec eux.

Quant au choix de Joël Dupuch dans le rôle de l’ostréiculteur, il a été naturel pour Guillaume Canet. Il n’est pas acteur professionnel, c’est un ami. Un terrien. Comme Canet, il a grandi à la campagne, sans être pollué par la publicité, il sait s’écouter, de manière plus animale, et a ce recul pour être la conscience du groupe. Celui qui est observateur des changements, parce qu’il les voit évoluer. Gilles Lelouche ajoute que le fait que Joël Dupuch ne soit pas un acteur professionnel et connu, était un atout incroyable. Son jeu était d’une telle sincérité et  émotion, « qu’à la première lecture du scénario, il avait les larmes aux yeux. » François Cluzet ajoute que c’est un partenaire sensible et à l’écoute. Une telle intensité n’aurait pas été obtenue par un Gérard Depardieu.

Finalement, « le cinéma c’est de mettre du vrai dans du faux » ; et Joël apporte un peu plus de cela.

Quand on dit à Guillaume Canet qu’il n’a pas mis les femmes en valeur dans son film, il reconnaît avoir fait ce choix parce que même si  « les femmes d’aujourd’hui apparaissent au second plan, ce sont elles qui dirigent ». Il a choisi de faire de ses hommes des hommes enfantins, fragiles, qui acceptent de se confier et qui finalement prennent leur force au contact de leur femme.

Quand on leur demande ce qu’il aurait fait dans le cas, Gilles Lelouche avoue que dans ces circonstances (visite interdite, stade de guérison peu avancé), il est plus facile de faire un petit arrangement avec soi même. Il a déjà perdu beaucoup de proches, et le message de ce film est quelque chose de très ancrer en lui. Pour Guillaume Canet, on doit sortir de ce film avec l’envie de faire un bilan. Pour lui, ce film résume la thérapie qu’il a faite, et il a pris complètement conscience des choses à changer… « Les petits mouchoirs » n’est peut être pas tout à fait « le film de sa vie » mais le film d’une période de sa vie, qui lui tient très à cœur, et qui marque un tournant dans sa vie personnelle.

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